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Analyses

Montres et carbone : le vrai bilan environnemental de l’horlogerie en 2026

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Last updated: 5 juin 2026 6h00
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Montres et carbone : le vrai bilan environnemental de l'horlogerie en 2026
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Montres et carbone : le vrai bilan environnemental de l’horlogerie en 2026

L’horlogerie de luxe a longtemps prospéré en marge des préoccupations écologiques. En 2026, le secteur ne peut plus ignorer son empreinte carbone. Entre initiatives vertueuses et greenwashing persistant, le chemin vers une horlogerie durable est semé d’embûches. Enquête sur les efforts réels — et les angles morts — de l’industrie.

L’industrie horlogère suisse émet environ 2,1 millions de tonnes de CO₂ par an, selon une étude inédite du cabinet EY publiée en mars 2026. Un chiffre qui peut sembler modeste comparé à d’autres secteurs, mais qui révèle des disparités considérables entre les marques et des marges de progression immenses.

Contents
  • L’extraction de l’or : le talon d’Achille
  • Le scandale des emballages
  • Transports : la clé oubliée
  • Les certifications qui comptent
  • Les contrevenants

L’extraction de l’or : le talon d’Achille

La plus grande source d’émissions de l’horlogerie n’est pas le transport ou la fabrication, mais l’extraction des métaux précieux. Un boîtier en or 18 carats de 75 grammes représente à lui seul l’équivalent de 1,2 tonne de CO₂ émis lors de son extraction minière. À l’échelle d’une manufacture produisant 50 000 montres en or par an, cela représente 60 000 tonnes de CO₂.

« Le problème est structurel », explique Sophie Kessler, responsable RSE chez Richemont. « Tant que nous dépendrons d’une chaîne d’approvisionnement minière qui utilise des procédés énergivores et souvent polluants, notre bilan carbone restera imparfait. »

La solution ? L’or recyclé. En 2026, 34 % de l’or utilisé par l’horlogerie suisse provient du recyclage, contre 22 % en 2022. Rolex, qui s’est fixé un objectif de 100 % d’or recyclé d’ici 2028, a investi 50 millions de francs suisses dans une fonderie dédiée à Genève. Un investissement colossal, mais nécessaire.

Le scandale des emballages

L’un des secrets les moins reluisants de l’industrie concerne ses emballages. Un écrin de montre de luxe standard — boîte en bois laqué, écrin intérieur en microfibre, certificats, sur-emballage cartonné — pèse en moyenne 1,8 kg. Soit vingt fois le poids de la montre qu’il contient. Chaque année, ce sont plus de 15 000 tonnes de déchets d’emballage générés par les seules marques suisses.

Plusieurs marques ont pris le taureau par les cornes. IWC a éliminé tous les emballages plastiques en 2025. Cartier propose désormais un écrin en carton recyclé certifié FSC pour ses entrées de gamme. Omega expérimente un emballage minimaliste biodégradable en chanvre et mycélium de champignon.

« Le client de luxe n’achète pas un écrin, il achète une montre », tranche Frédéric Arnaud, designer packaging chez Panerai. « Il est temps que les marques arrêtent de confondre somptuosité et gaspillage. »

Transports : la clé oubliée

Chaque montre suisse parcourt en moyenne 8 000 kilomètres avant d’arriver au poignet de son propriétaire. De la manufacture au distributeur, du distributeur au détaillant, avec des allers-retours pour le service après-vente. Les émissions logistiques représentent 18 % de l’empreinte carbone totale d’une montre.

Swatch Group a été le premier à réagir en 2024 en convertissant 60 % de sa flotte de transport terrestre à l’électrique. Richemont teste depuis janvier 2026 des itinéraires maritimes à la voile pour ses expéditions transatlantiques — un retour aux sources qui réduit les émissions de 90 % sur les trajets concernés.

Les certifications qui comptent

Face à l’urgence climatique, plusieurs labels environnementaux ont émergé. Le plus exigeant est le « Swiss Sustainable Watch Standard » (SSWS), lancé en 2025 par la Fédération de l’Industrie Horlogère Suisse. Pour obtenir cette certification, une marque doit démontrer une réduction de 30 % de ses émissions de scope 1 et 2 (directes et énergie) sur trois ans, utiliser au moins 50 % de métaux recyclés, et garantir une traçabilité complète de ses diamants.

À ce jour, seules onze marques ont obtenu la certification SSWS, dont Baume & Mercier, Oris et Chopard. Le label est critiqué pour être trop exigeant — ce qui est paradoxalement sa plus grande qualité.

« Un label trop facile n’a aucun sens », estime la militante écologique Greta Lindqvist. « L’horlogerie de luxe a les moyens de ses ambitions. Si certaines marques ne peuvent pas atteindre le SSWS, c’est qu’elles ne font pas assez d’efforts. »

Les contrevenants

En 2026, l’ONG Public Eye a publié un rapport accablant sur le bilan environnemental de plusieurs grandes marques horlogères. Certaines manufactures continuent d’utiliser de l’or non certifié, de l’énergie fossile pour leur production, et des emballages en plastique à usage unique. Le rapport a provoqué une onde de choc dans l’industrie et des promesses de changement sous 12 à 18 mois.

« La transparence est devenue un impératif commercial », conclut l’étude EY. « Les consommateurs de moins de 40 ans — qui représentent désormais 46 % des acheteurs de montres de luxe — placent la durabilité au troisième rang de leurs critères d’achat, après le design et le rapport qualité-prix. Ignorer cette tendance serait une erreur stratégique majeure. »

L’horlogerie n’a pas encore trouvé son chemin vers la durabilité parfaite. Mais le mouvement est lancé, et les montres qui orneront nos poignets dans dix ans seront très différentes de celles d’aujourd’hui. Reste à savoir si l’industrie accélérera assez vite pour répondre à l’urgence.

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