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Analyses

Le Vagabondage II de Tom Brady atteint 960 000 dollars : quand la montre devient fétiche

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Last updated: 25 juin 2026 2h00
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A platinum F.P. Journe Vagabondage II owned by NFL legend Tom Brady sold for $960,000 at Sotheby’s New York, setting a new record for the reference and fueling concerns about the direction of the independent watch market. Between celebrity provenance, speculative frenzy, and genuine horological passion, the line is blurring. While auctions reach fever pitch across the board — from Voutilainen to Simon Brette — collectors and dealers alike wonder whether we are witnessing a golden age or a bubble about to burst.

Contents
  • Un Vagabondage II à 960 000 dollars : le nouvel étalon
  • La fièvre Journe : entre admiration et spéculation
    • Quand le nom du propriétaire pèse plus que le calibre
  • Au-delà de Journe : le raz-de-marée des indépendants
  • Un marché en pleine effervescence

—

Un Vagabondage II à 960 000 dollars : le nouvel étalon

C’est l’un des résultats qui a le plus fait causer lors des ventes Sotheby’s à New York cette saison. Un F.P. Journe Vagabondage II en platine, produit entre 2010 et 2011 à seulement 69 exemplaires, est parti pour 960 000 dollars. Son ancien propriétaire ? Tom Brady, le quarterback le plus décoré de l’histoire du football américain. Suffisant pour transformer une montre déjà rare en objet de collection hors norme.

Ce prix constitue un nouveau record pour la référence, et il interroge. Le Vagabondage II — avec son affichage numérique rétrograde à disques tournants et son mouvement à remontage automatique logé dans un boîtier en platine de 40 mm — n’était pourtant pas considéré comme la pièce la plus emblématique de François-Paul Journe. Il l’est désormais, porté par une conjonction unique : rareté mécanique, aura de la star, et contexte de marché.

La fièvre Journe : entre admiration et spéculation

Difficile de parler de F.P. Journe aujourd’hui sans évoquer l’ombre jumelle de la spéculation. La marque, longtemps réservée à une élite de connaisseurs exigeants, a vu sa cote exploser bien au-delà du cercle des puristes. Chez Phillips New York, cinq montres Journe ont dépassé le million de dollars. En tête : la Chronomètre à Résonance « Souscription No. 007 » en or rose et platine, adjugée 13,9 millions de dollars — soit la montre la plus chère jamais vendue aux États-Unis, tout millésime confondu.

John Reardon, fondateur de Collectability et ancien responsable des montres chez Christie’s, pose un regard acéré sur le phénomène : « Beaucoup de nouveaux acheteurs ont les poches pleines et sont déterminés à se faire de l’argent en achetant et revendant. Des marques comme F.P. Journe sont au sommet d’une manie soutenue par une foule enthousiaste qui partage un intérêt commun : voir des records tomber les uns après les autres. Je n’ai encore trouvé aucun collectionneur Journe qui veuille parler des montres elle-mêmes — ils ne veulent que se vanter des prix. »

Le constat est cruel, mais difficilement contestable. En témoignent les enchères atteintes par des références pourtant moins rares chez Sotheby’s : 832 000 dollars pour un Vagabondage I, 537 600 dollars pour un Chronomètre Bleu « Byblos », 576 000 dollars pour une Chronomètre à Résonance, ou encore 320 000 dollars pour une ARS Octa Sport. Des montres qui, il y a cinq ans, se négociaient à une fraction de ces sommes.

Quand le nom du propriétaire pèse plus que le calibre

L’effet Tom Brady est un cas d’école. La montre n’est plus seulement un objet d’horlogerie : elle devient un souvenir, un bout d’histoire sportive porté au poignet du GOAT — au même titre que la Monaco de Steve McQueen ou la Submariner de Paul Newman. Dans la même vacation Sotheby’s, une Heuer Monaco portée par McQueen durant le tournage du film Le Mans (1971) s’est envolée à 640 000 dollars. Une Patek Philippe Ref. 5216P signée Tiffany & Co a atteint le même montant. Une Cartier London Maxi Ronde du début des années 1970, 243 200 dollars. La mécanique n’explique pas tout. Le nom, l’histoire, la légende — voilà ce qui fait monter les enchères.

Au-delà de Journe : le raz-de-marée des indépendants

La vague ne se limite pas à F.P. Journe. L’ensemble du segment des horlogers indépendants est emporté par une demande insatiable. Chez Phillips, quatre montres Voutilainen sont parties pour plus d’un million de dollars chacune. Chez Sotheby’s, une Simon Brette Chronomètre Artisans Rose — première montre de ce jeune artisan français — a atteint 512 000 dollars. Une Grönefeld 1941 Remontoire, 211 200 dollars. Une Vianney Halter La Résonance, 307 200 dollars.

Eric Wind, de Wind Vintage, résume bien le sentiment ambiant : « Je suis optimiste : nous allons continuer à voir tomber des records pour les montres trophées. Les indépendants, c’est là que se concentre l’essentiel de la dynamique des prix. »

Ce mouvement traduit une mutation profonde du marché. Les collectionneurs, lassés par la standardisation des grandes manufactures et la frénésie des modèles « hype », se tournent vers des maisons qui incarnent une certaine idée de l’artisanat, de la rareté et de la liberté créatrice. Simon Brette, Grönefeld, Vianney Halter, Rexhep Rexhepi, Kari Voutilainen — ces noms résonnent désormais aussi fort que Patek Philippe dans les salles des ventes.

Un marché en pleine effervescence

Les chiffres globaux confirment la tendance. Sotheby’s a enregistré 1 800 enchérisseurs venus de 60 pays pour ses ventes new-yorkaises, soit une progression de 33 % par rapport à l’an dernier. Dans l’ensemble du marché horloger mondial, les ventes ont bondi de 66 % sur un an en 2026.

Ces données traduisent une appétence sans précédent pour la montre de collection comme actif alternatif et comme objet de désir. Mais elles soulèvent aussi des questions. Les prix actuels reflètent-ils une valeur horlogère intrinsèque ? Ou sommes-nous entrés dans une phase où la rareté médiatique et la spéculation prennent le pas sur le jugement des connaisseurs ?

Le marché des montres indépendantes se trouve à un carrefour. Jamais il n’a été aussi visible, aussi liquide, aussi convoité. Jamais non plus la tension entre passion authentique et frénésie spéculative n’a été aussi palpable. Les garde-temps de François-Paul Journe, Kari Voutilainen ou Simon Brette continueront sans doute de battre des records — mais la vraie question n’est plus de savoir jusqu’où iront les prix. Elle est de savoir ce qu’il restera, au-delà des chiffres, de l’amour de l’objet lui-même.

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