Baselworld renaît de ses cendres : MCH Group et Informa Markets dévoilent un nouveau salon à Bâle
MCH Group and Informa Markets have announced a new watch and jewellery fair in Basel’s Hall 1.0, exactly seven years after Baselworld’s collapse. The new platform aims to bridge Asia and Europe. The big question: will Swatch Group become the anchor tenant? A detailed analysis of what this means for the industry’s event calendar.
Ce jeudi 18 juin 2026 restera dans l’histoire de l’horlogerie suisse. Sept ans après l’effondrement tragique de Baselworld, MCH Group et Informa Markets montent sur la scène du Hall 1.0 de Messe Basel pour annoncer ce que beaucoup n’osaient plus espérer : un nouveau salon horloger et joaillier dans la ville rhénane.
L’invitation, soigneusement distillée dans les semaines précédentes, promettait « une nouvelle plateforme conçue pour connecter l’Asie et l’Europe, alignée avec les réalités des industries de la joaillerie, des pierres précieuses et de l’horlogerie d’aujourd’hui ». Un message qui sonne comme une promesse de renaissance, mais aussi comme un pari audacieux dans un paysage événementiel radicalement transformé.
Le fantôme de Baselworld hante encore les couloirs
Pour comprendre l’ampleur de cette annonce, il faut revenir en arrière. Baselworld, c’était le plus grand salon horloger du monde. À son apogée en 2017, MCH Group valait plus de 2 milliards de francs suisses. Les plus grandes marques — Rolex, Patek Philippe, TAG Heuer, Omega, Chanel, Bulgari, Breitling — rivalisaient d’audace avec des stands spectaculaires qui transformaient le Hall 1.0 en cathédrale du luxe.
La chute fut brutale. Swatch Group avait déjà claqué la porte en 2018, dénonçant des coûts devenus prohibitifs. Breitling et d’autres avaient suivi. Puis vint le covid en 2020, et la gestion catastrophique des indemnisations par MCH Group. Quand Rolex, Patek Philippe, Tudor, Chopard et Chanel firent défection vers le SIHH genevois (devenu Watches and Wonders), le sort de Baselworld fut scellé.
En 2021, MCH tenta un baroud d’honneur avec HourUniverse. Le projet mourut avec la deuxième vague de covid. Cinq ans plus tard, le groupe ne pèse plus que 150 millions de francs — une chute vertigineuse de 92 %.
Informa Markets, le sauveur providentiel ?
Contre toute attente, c’est un géant britannique qui tend la main. Informa Markets, division d’Informa PLC, affiche une capitalisation boursière de 10,7 milliards de livres et emploie plus de 14 000 personnes dans le monde. Là où MCH Group apporte les murs et ses relations historiques avec l’establishment suisse, Informa apporte une envergure mondiale, une puissance de frappe et une vision moderne de l’événementiel.
Cette alliance est potentiellement dévastatrice pour l’équilibre actuel. Watches and Wonders Genève, organisé par la Fondation de la Haute Horlogerie, s’est imposé comme l’événement incontournable du printemps. Mais son succès même crée une congestion qui profite à l’idée d’une alternative.
« Avec 65 marques à Watches and Wonders et environ 150 autres exposants dans toute la ville en avril — dont 50 à Haute Jewels Genève — il est devenu presque impossible pour quiconque de voir ne serait-ce qu’une fraction de ce qui est présenté », confie une source proche du dossier.
L’arme secrète : convaincre Swatch Group
La question qui tient tout le secteur en haleine est simple : Nick Hayek, le CEO de Swatch Group, acceptera-t-il d’être la pièce maîtresse de ce nouveau salon ?
Hayek a refusé de participer à Watches and Wonders pendant près d’une décennie. Il répète inlassablement qu’il ne croit pas à la valeur des méga-salons. Mais Bâle est dans son jardin — à une heure de train de Nidau, siège du groupe. Omega, Longines, Tissot, Blancpain, Breguet, Hamilton, Rado, Certina, Harry Winston, Glashütte Original : aligner ces marques ferait du nouveau salon un concurrent immédiatement crédible.
« Ce serait un coup de maître », analyse un consultant spécialisé dans l’industrie horlogère. « Hayek sait qu’il peut être le faiseur de rois. La question est de savoir s’il préfère rester dans son splendide isolement ou saisir cette opportunité de remodeler le calendrier horloger. »
Un calendrier déjà saturé
Le succès de cette renaissance ne dépendra pas seulement de Swatch Group. Le calendrier horloger 2026-2027 est déjà d’une densité record : Watches and Wonders Genève en avril, Dubai Watch Week en novembre, le nouveau The Escapement à Abu Dhabi en novembre, sans compter les salons régionaux et les événements de maisons individuelles.
L’attachement nostalgique à Baselworld joue pourtant en faveur du projet. Les souvenirs des CHF 15 le hot-dog, des taxis goujats et des chambres d’hôtel à CHF 500 la nuit se sont transformés en anecdotes affectueuses. Ce qui manque vraiment, c’est ce sentiment de communauté qui faisait de Bâle un rendez-vous incontournable — ces retrouvailles au Pickwick ou aux Trois Rois après le salon.
« J’ai une envie viscérale de savoir ce que ça donnerait », confie un journaliste qui a couvert Baselworld pendant quinze ans. « L’émotion du Hall 1.0 le premier jour, l’anticipation, l’excitation pure. Rien ne l’a jamais vraiment remplacée. »
Le communiqué de presse de ce jeudi 18 juin dira si cette nostalgie peut se transformer en réalité économique viable. Une chose est sûre : l’horlogerie suisse retient son souffle.
