Eric Wind : « Le marché des montres de collection est plus sélectif que jamais »
Wind Vintage founder Eric Wind reveals in an exclusive interview why the 2026 watch market is driven by a smaller but richer collector base, why Cartier Crash and Akrivia are the trophies everyone wants, and why independent watchmaking still has room to run. Bidders are down from 2,311 peak to 1,815 but spending more per watch.
Les résultats records des ventes aux enchères de printemps — notamment les 90 millions de dollars de Phillips Genève et les quatre Kari Voutilainen à plus d’un million chacun chez Phillips New York — pourraient suggérer un marché en pleine euphorie. Mais ceux qui regardent sous le capot voient une tout autre réalité.
Eric Wind, fondateur de Wind Vintage et l’un des spécialistes les plus écoutés du marché des montres de collection, accepte de livrer une analyse sans filtre. Son diagnostic : le marché est plus polarisé, plus sélectif et porté par un nombre d’acheteurs plus restreint qu’on ne le croit.
« Les collectionneurs du haut de gamme cherchent des trophy watches »
WatchPro : Nous avons vu des résultats records aux ventes de printemps. Que faut-il en retenir sur la manière dont collectionneurs et dealers abordent le marché aujourd’hui ?
Eric Wind : Les grands collectionneurs cherchent des « trophy watches », que l’on peut définir comme rares par leur production, leur configuration ou leur état. Qu’il s’agisse de chasser les rares Cartier Crash originales fabriquées à Londres, les montres d’indépendants comme Rexhep Rexhepi et sa société Akrivia, ou les chronographes Patek Philippe en acier ou avec des cadrans uniques — nous assistons à une demande et un intérêt incroyables pour les montres trophées exceptionnelles.
WatchPro : Quels sont les facteurs qui séparent les records à plusieurs millions de dollars d’un marché du luxe relativement atone ?
Eric Wind : J’aimerais pouvoir dire que tout va bien, mais je pense que le haut du marché est porté par un nombre relativement restreint d’acheteurs, dont beaucoup sont relativement nouveaux dans le monde des montres vintage et rares.
Nous avons observé que le nombre total d’enchérisseurs à la vente record Phillips Genève (90 millions de dollars, 1 815 enchérisseurs de 74 pays) est inférieur à celui de novembre 2025 (1 886) et bien en dessous des 2 311 enchérisseurs de décembre 2021.
Cela dit, je pense qu’il y a encore de la place pour que le haut du marché vintage continue de croître en valeur et en intérêt. Beaucoup regarderont 2026 en se disant qu’ils auraient dû acheter plus de trophy watches cette année.
La renaissance de l’horlogerie formelle
WatchPro : Quelles montres et quels styles vos clients recherchent-ils particulièrement aujourd’hui ?
Eric Wind : Ces dernières années, nous avons assisté à une croissance de l’intérêt pour ce que j’appellerais les montres plus « formelles » — les modèles compliqués de Patek Philippe (références 3940, 3970, 5970, 5004, etc.) et les modèles design de Cartier (Crash, Bamboo, « Coussin », Baignoire, etc.). Ces montres ont toujours eu un certain niveau d’intérêt, mais leurs valeurs ont grimpé en flèche récemment.
Cette tendance marque un retournement spectaculaire par rapport aux années 2021-2023, où les montres sportives en acier régnaient en maîtres absolus. Les collectionneurs redécouvrent le plaisir d’une belle montre habillée, avec un mouvement compliqué et un cadran raffiné.
Le nouveau visage du collectionneur
WatchPro : La période 2020-2023 a vu affluer de nouveaux collectionneurs, souvent spéculateurs. En quoi le marché est-il différent aujourd’hui ?
Eric Wind : Je crois que la plupart des gens qui achètent ces montres le font par passion. L’investissement est une motivation, mais c’est ce que j’appelle un « investissement-passion ». Les nouveaux acheteurs n’envisagent peut-être pas de vendre avant des décennies — ou de léguer à leurs héritiers.
Comme je le mentionnais, il y a moins d’enchérisseurs participants aux grandes ventes aujourd’hui qu’en 2021, mais ces acheteurs du haut de gamme ont des poches plus profondes et sont prêts à les ouvrir davantage pour sécuriser les meilleures pièces.
Indépendants : la dynamique va-t-elle continuer ?
WatchPro : Pensez-vous que l’excitation des enchères de printemps va continuer à s’amplifier ?
Eric Wind : Beaucoup de gens cherchent là où ils pensent que la valeur va se créer, particulièrement dans l’horlogerie indépendante. Je ne pense pas qu’il y ait autant de gens qui cherchent un rendement sérieux sur les montres modernes des grands manufacturiers.
Je suis assez optimiste : nous continuerons à voir des records tomber pour les « trophy watches » — les montres spéciales par leur rareté et leur qualité. Les montres indépendantes sont généralement là où nous voyons beaucoup de dynamique de prix. Je n’aurais pas imaginé une Akrivia se vendre près de 4 millions de dollars aux enchères en 2025, mais nous y sommes. Idem pour quatre Kari Voutilainen à plus d’un million chacune.
Leçons pour le collectionneur de 2026
La conclusion d’Eric Wind est à méditer : le marché des montres de collection en 2026 n’est ni un bubble prêt à exploser ni une machine à cash infaillible. Il est plus sélectif, plus sophistiqué — et plus exigeant. Les gagnants sont ceux qui achètent la rareté authentique, la qualité historique et la passion véritable.
Les perdants ? Ceux qui achètent des tendances sans substance. Comme toujours en horlogerie, le temps finit par séparer le grain de l’ivraie.
