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Rolex réveille le Padellone : quand la Maison à la couronne remet le calendrier annuel au centre du jeu

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Last updated: 16 septembre 2026 10h32
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Rolex Perpetual Padellone official product photograph
Source officielle : Rolex Newsroom — https://newsroom.rolex.com/watches/new-watches/perpetual-padellone
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Rolex réveille le Padellone : quand la Maison à la couronne remet le calendrier annuel au centre du jeu

Il est des annonces qui dérogent aux rites. Chez Rolex, les nouveautés surviennent d’ordinaire au rythme des salons, Watches and Wonders en tête, héritier de l’ancienne foire de Bâle. Les exceptions se comptent sur les doigts d’une main : la Daytona Le Mans, la Deepsea Challenge en titane, le cadran D-Blue de la Deepsea. Ce mois de septembre 2026 en ajoute une, et pas des moindres. La maison genevoise dévoile la Perpetual Padellone, une montre habillée à calendrier annuel et phase de lune, dotée d’un mouvement inédit, et surtout affranchie des codes du sport qui façonnent son image depuis des décennies.

Contents
  • Rolex réveille le Padellone : quand la Maison à la couronne remet le calendrier annuel au centre du jeu
  • Une plongée dans l’histoire de la référence 8171
  • La Perpetual Padellone, ou la tradition revisitée
  • Ce que l’annonce dit de la stratégie de Rolex
  • Les limites de la démonstration
  • Une inflexion plus profonde

Le nom lui-même est un aveu. « Padellone », en italien, désigne une grande poêle. C’est le sobriquet que les collectionneurs ont accollé, il y a longtemps, à la référence 8171, produite de 1949 à 1953. En adoptant officiellement ce surnom, Rolex reconnaît l’existence d’une communauté de passionnés qui a patiemment documenté une parenthèse singulière de son histoire. Il faut mesurer le geste : la marque qui, pendant des lustres, n’a communiqué que sur la robustesse et l’exactitude, admet soudain qu’une de ses références les plus confidentielles mérite de figurer au catalogue.

Une plongée dans l’histoire de la référence 8171

Comprendre le Padellone, c’est remonter aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. En 1949, quatre ans après la Datejust et son boîtier Oyster, Rolex lance une montre à double complication qui détonne dans sa production. La référence 8171 associe en effet un triple calendrier à une phase de lune. Le quantième est indiqué par une piste périphérique et une aiguille centrale ; le jour de la semaine et le mois apparaissent dans deux guichets logés à midi ; les secondes, décentrées, cohabitent à six heures avec un disque de lune gravé à la main.

Seules deux références de toute l’histoire de la marque ont porté cette configuration. L’autre, la 6062, une évolution complexe de la Datejust au boîtier Oyster de 36 mm, n’a guère duré plus longtemps. La 8171, elle, affichait un diamètre de 38 mm pour l’époque, une démesure qui explique son surnom transalpin. Sa production est estimée entre 1 000 et 1 200 pièces, en acier ou en or jaune, avec une légère préférence pour l’acier. Presque toutes arboraient un cadran argenté aux chiffres de date bleus, avec deux déclinaisons d’index — bâtons pointus ou triangles facettés — le plus souvent associés à des aiguilles Dauphine.

Détail savoureux : le Padellone n’était pas étanche. Son fond était clipsé, non vissé, ce qui le distinguait radicalement des Oyster contemporaines. À l’intérieur battait un calibre automatique « Perpetual » à rotor complet, le A295 CPL, certifié chronomètre. Sur le marché de la collection, la 8171 est devenue une licorne : rare, atypique, difficile à dater précisément, et donc hautement spéculative.

La Perpetual Padellone, ou la tradition revisitée

La nouvelle venue ne reproduit pas la 8171. Elle en reprend le vocabulaire visuel pour le projeter dans l’architecture contemporaine de la collection Perpetual, inaugurée en 2023 avec la 1908. Le boîtier de 39 mm présente des lignes courbes et une lunette dont la partie supérieure est bombée tandis que la base est finement cannelée. Deux métaux sont proposés : l’or Everose 18 carats et le platine 950. Le cadran joue sur les textures, avec un centre grainé et une périphérie satinée, trois configurations étant annoncées.

Le clin d’œil le plus appuyé à l’original réside dans le disque de phase de lune, travaillé dans un émail bleu où les pleines lunes et les nouvelles lunes sont figurées par des fragments de météorite. Le fond transparent laisse voir le mécanisme, comme sur la 1908, signe que Rolex assume désormais de montrer ses entrailles.

Car c’est bien là que se situe la véritable rupture. La marque a développé un calibre inédit, le 7190, qui intègre un mécanisme de calendrier annuel capable de distinguer les mois de 30 et de 31 jours, et de faire avancer simultanément le jour, la date et le mois à minuit. Il ne s’agit donc pas d’un calendrier perpétuel — il faudra corriger la date une fois par an, à la fin février — mais d’un saut qualitatif considérable par rapport à la Cellini Moonphase de 2017, plus modeste, qui se contentait d’une date et d’une phase de lune.

La base technique est connue : la Padellone s’appuie sur l’architecture du calibre 7135 à échappement Dynapulse, présenté sur la Land-Dweller. Cet échappement, associé à un spiral Syloxi, fonctionne à 5 Hz et constitue la réponse de Rolex aux enjeux de rendement énergétique et de résistance magnétique. Le mariage d’une complication classique et d’une technologie de pointe résume la stratégie : séduire l’amateur de belles mécaniques tout en démontrant la maîtrise industrielle du groupe.

Ce que l’annonce dit de la stratégie de Rolex

Trois enseignements se dégagent de cette sortie.

Premièrement, la consolidation de la collection Perpetual. En 2023, la 1908 avait valeur de test : une montre habillée, sobre, dans un catalogue saturé d’aciers sportifs. Trois ans plus tard, la Padellone en devient la seconde pièce et lui confère une légitimité de gamme. Rolex construit patiemment une alternative au règne de la Submariner et de la Daytona, dans un segment où les marges dépendent moins de la rareté artificielle que du positionnement patrimonial.

Deuxièmement, l’investissement dans le mouvement. Jusqu’à récemment, Rolex communiquait peu sur ses calibres. La succession de l’échappement Chronergy par le Dynapulse, la généralisation des fonds transparents sur les pièces habillées, la mise en avant systématique des réserves de marche traduisent un changement de discours. La marque veut parler technique, comme le font les manufactures indépendantes qu’elle observe de près.

Troisièmement, la reconnaissance du marché de la collection. Nommer officiellement une montre d’après un surnom forgé par les amateurs, c’est admettre que la valeur symbolique d’une référence se construit aussi hors des murs de Genève. Cette porosité entre la marque et sa communauté est relativement nouvelle et contraste avec la communication historique, plus univoque.

Les limites de la démonstration

Il serait imprudent, toutefois, de lire cette annonce comme un bouleversement complet. La Padellone reste une pièce de niche. Le calendrier annuel, s’il flatte les connaisseurs, est une complication intermédiaire, plus accessible à produire qu’un calendrier perpétuel. Les volumes, à l’image des 1 000 à 1 200 exemplaires de la 8171 sur quatre ans, resteront nécessairement confidentiels au regard des millions de montres produites annuellement par le groupe.

En outre, la rareté de la référence historique alimente un cycle de spéculation dont Rolex a longtemps souffert. En réactivant un nom mythique, la marque prend le risque de créer un objet de convoitise dont les prix sur le marché secondaire échapperont à tout contrôle, comme ce fut le cas pour certaines éditions de la Daytona. La question de la distribution, entre boutiques détenues en propre et revendeurs agréés, restera scrutée par les collectionneurs.

Une inflexion plus profonde

Au-delà du produit, c’est une inflexion de posture que dessine la Perpetual Padellone. Une maison qui a bâti sa réputation sur l’outil — la montre que l’on porte au poignet pour explorer, plonger, chronométrer — revendique désormais une place dans le panthéon de l’horlogerie classique. Non pas en copiant Audemars Piguet ou Vacheron Constantin, dont les calendriers perpétuels sont des références établies, mais en assumant une voie propre : la complication traitée avec l’obsession de la fiabilité industrielle, l’héritage revisité avec le souci de la lecture contemporaine.

Il faudra observer la réaction du marché secondaire et l’accueil des collectionneurs pour mesurer la portée réelle du geste. Une chose est sûre : en osant exhumer un surnom italien oublié et en le gravant sur une montre à calendrier annuel, Rolex a envoyé un signal clair à une industrie qu’elle domine économiquement mais qu’elle ne domine pas encore culturellement sur le terrain de la haute complication. Le Padellone, grande poêle devenue icône discrète, est peut-être le premier jalon d’une mutation plus vaste.

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