Le marché des trophy watches ne repose plus seulement sur la spéculation : il récompense les pièces qui cumulent rareté, provenance claire et densité narrative.
Quand le sommet du marché se contracte, les montres les plus désirables ne s’effondrent pas. Elles deviennent encore plus lisibles pour les acheteurs qui cherchent de la conviction plutôt que du bruit.
A retenir
- Les trophy watches restent soutenues par les collectionneurs internationaux.
- La rareté et l’histoire de la pièce comptent autant que la marque.
- Le marché premium fonctionne comme un filtre culturel de plus en plus strict.
Deux marchés en un
La saison des ventes aux enchères du printemps 2026 restera dans les mémoires : Phillips New York a généré plus de 90 millions de dollars, avec des résultats spectaculaires pour Patek Philippe, Cartier, F.P. Journe et Kari Voutilainen. Pourtant, le nombre d’enchérisseurs est en baisse.
Eric Wind le confirme : « Le haut du marché est porté par un nombre relativement restreint d’acheteurs, dont beaucoup sont nouveaux dans le monde des montres vintage et rares. » Lors de la vente record de Phillips Genève, 1 815 enchérisseurs de 74 pays se sont inscrits — contre 1 886 en novembre et 2 311 en décembre 2021.
La quête des « trophy watches »
Pour Wind, la clé de compréhension du marché actuel réside dans la notion de « trophy watch » — une montre trophée définie par trois critères :
1. La rareté de production : un petit nombre d’exemplaires, idéalement une série limitée ou unique
2. La rareté de configuration : un cadran inhabituel, un métal rare, une complication spécifique
3. La rareté de condition : l’état d’origine préservé, avec boîte, papiers, et si possible provenance
« Que ce soit des Cartier Crash originales fabriquées à Londres, des montres d’indépendants comme Akrivia de Rexhep Rexhepi, ou des chronographes Patek Philippe en acier avec des cadrans uniques, nous constatons une demande et un intérêt incroyables pour les montres trophées exceptionnelles. »
Les gagnants du marché actuel
Selon l’expert, les segments qui tirent leur épingle du jeu :
– Patek Philippe compliquées : réf. 3940, 3970, 5970, 5004 — les montres « formelles » gagnent du terrain
– Cartier design : Crash, Bamboo, « C » — la créativité du joaillier est (re)devenue le Saint-Graal
– Indépendants d’élite : Akrivia, F.P. Journe, Voutilainen — les nouvelles stars des enchères
– Rolex de collection : Daytona « John Player Special », Milgauss rares — mais uniquement les versions les plus exceptionnelles
Les perdants : le milieu de gamme
En revanche, les montres de milieu de gamme — Rolex en acier standard, panerai contemporaines, montres de luxe sans histoire particulière — peinent à trouver preneur. « Le marché se polarise », résume Wind. « Les pièces ordinaires subissent une normalisation des prix, voire une baisse. »
Leçons pour les collectionneurs
Eric Wind livre plusieurs enseignements :
Achetez ce qui est rare. « Il n’y a jamais eu autant de montres de luxe produites qu’aujourd’hui. La rareté véritable devient le seul critère de valeur durable. »
Privilégiez la condition d’origine. Les boîtes, papiers, bracelets d’origine font désormais la différence entre une bonne vente et un record.
Soyez patients. « Beaucoup regretteront en 2030 de ne pas avoir acheté plus de montres trophées en 2026 », prédit Wind.
Ne vous fiez pas aux tendances. Ce qui monte vite peut redescendre aussi vite. La valeur réelle se construit sur des décennies.
Un marché qui se professionnalise
Au-delà des montres elles-mêmes, c’est le comportement des collectionneurs qui évolue. « Les nouveaux acheteurs sont plus informés, plus exigeants, et plus sélectifs », observe Wind. Le temps du « tout Rolex se vend » est révolu.
Pour les collectionneurs qui cherchent à investir, le message est clair : la qualité prime sur la quantité, la rareté sur la tendance, et la provenance sur le prix. Dans un marché à deux vitesses, seules les meilleures pièces continueront de s’apprécier.