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Marché & Distribution

L’indice MontreLuxe : comment les ventes aux enchères deviennent le thermomètre du marché horloger (et ce qu’elles disent de 2026)

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Last updated: 17 juillet 2026 20h18
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16 Min Read
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Juillet 2026. Phillips, Christie’s et Sotheby’s viennent de publier leurs résultats du premier semestre. Entre records sur le vintage et normalisation des valeurs modernes, les enchères confirment leur rôle de baromètre le plus fiable du marché horloger. MontreLuxe propose un indice composite pour y voir plus clair.

Contents
  • Deux chiffres, deux mondes
  • L’après-bulle : la leçon que personne n’a retenue (mais que tout le monde cite)
  • Ce qui monte, ce qui baisse, ce qui tient — la redistribution des valeurs
    • 🔼 Ce qui monte : les indépendants, nouvelle aristocracy horlogère
    • 🔽 Ce qui baisse : Rolex moderne, la fin du premium artificiel
    • ➡️ Ce qui tient : le vintage Patek, le « blue chip » des enchères
    • 🔄 Ce qui surprend : Cartier vintage, le phénomène
    • 🌱 Ce qui émerge : les montres japonaises aux enchères
  • L’Indice MontreLuxe : une proposition pour mesurer ce qui compte vraiment
    • Méthodologie proposée
    • Simulation rétrospective 2020-2026
  • La guerre des modèles : enchères traditionnelles vs plateformes digitales
    • Le temple : enchères en présentiel (Phillips, Christie’s, Sotheby’s)
    • La galerie marchande : enchères en ligne des maisons traditionnelles
    • Le marché : les plateformes natives digitales
  • MontreLuxe Index : ce que 2026 nous dit vraiment

Deux chiffres, deux mondes

CHF 330 à 400 millions. C’est le volume total des ventes horlogères aux enchères estimé pour le premier semestre 2026, toutes maisons confondues — Phillips en tête (CHF 150-180 M), Christie’s (CHF 100-120 M) et Sotheby’s (CHF 80-100 M). Le chiffre est en hausse de +5 à 8 % par rapport au S1 2025, mais encore en recul de -15 à 20 % par rapport au pic historique de 2022.

Le second chiffre est plus révélateur : 20 à 25 % des lots présentés chez Phillips n’ont pas trouvé preneur au premier semestre 2026, contre 10 à 15 % en 2021-2022.

« Le marché n’est pas en crise. Il est en train de sélectionner. Les acheteurs ne veulent plus de n’importe quoi à n’importe quel prix — ils veulent du rare, du documenté, de l’exceptionnel », résume un spécialiste des ventes horlogères interrogé par MontreLuxe.

Ce double mouvement — volume global stable mais taux d’invendus en hausse — dessine le portrait d’un marché qui a digéré sa correction post-spéculative et entre dans une phase de maturité nouvelle.

L’après-bulle : la leçon que personne n’a retenue (mais que tout le monde cite)

Rappel des faits. Entre 2020 et 2022, les montres de luxe ont été présentées comme une classe d’actifs miracle : « plus stable que l’or, plus rentable que la bourse ». Les family offices ont constitué des portefeuilles de Rolex modernes. Les fonds spéculatifs ont acheté des Patek Nautilus comme on achète des actions Tesla.

En 2026, la réalité est implacable :

  • Une Rolex Daytona ref. 116500LN (acier, cadran blanc) achetée CHF 32 000 au pic de 2022 vaut aujourd’hui CHF 22 000-25 000 — une perte de 25 à 30 %.
  • Une Patek Philippe Nautilus 5711/1A acquise CHF 140 000 à son plus haut se négocie désormais autour de CHF 70 000-85 000 — une chute de 40 à 50 %.
  • Les GMT-Master II « Pepsi » (126710BLRO) qui frôlaient CHF 24 000 en 2022 oscillent aujourd’hui entre CHF 14 000 et 17 000.

Cette correction n’a rien d’anecdotique : une étude WatchPro/Deloitte publiée en 2025 estimait que 90 à 95 % des montres de luxe se déprécient sur 10 ans comme n’importe quel bien de consommation. Seules 5 à 10 % des références — les très rares, les très authentiques, les très documentées — génèrent un gain annuel significatif.

« Le problème n’est pas que les montres ne sont pas un investissement. Le problème est qu’on a oublié de faire la différence entre une montre de spéculation et une montre de collection », analyse un family officer basé à Genève, spécialisé dans les placements horlogers depuis 2018.

Ce qui monte, ce qui baisse, ce qui tient — la redistribution des valeurs

🔼 Ce qui monte : les indépendants, nouvelle aristocracy horlogère

Le mouvement indépendant — Akrivia (Rexhep Rexhepi), Voutilainen, MB&F, De Bethune, F.P. Journe — affiche des hausses annuelles de 10 à 20 % depuis 2020, sans aucune corrélation avec la correction du marché. Chez Phillips, la session « Best of Independent Watchmaking » du Geneva Watch Auction XXIII (mai 2026) a été la plus disputée du catalogue.

Pourquoi ? Production infra-centenaire, listes d’attente de 3 à 5 ans, authenticité créative absolue, et un cercle de collectionneurs qui ne vend presque jamais. « Les montres des vrais indépendants ne sont pas des produits — ce sont des œuvres d’art uniques. Et on ne spécule pas sur une œuvre d’art, on la possède », résume un galeriste londonien spécialisé dans l’horlogerie de création.

Les prix parlent d’eux-mêmes : un Rexhep Rexhepi Chronomètre Contemporain (première série) adjugé CHF 150 000-200 000 en 2023 s’échange aujourd’hui au double sur le marché secondaire. Un Voutilainen 28ti, produit à moins de 50 exemplaires, ne se trouve presque plus en dessous de CHF 120 000.

🔽 Ce qui baisse : Rolex moderne, la fin du premium artificiel

La chute des Rolex modernes aux enchères est le récit dominant du marché secondaire depuis 2023. Les premiums — qui atteignaient 50 à 100 % au-dessus du prix de vente conseillé au pic de 2022 — sont tombés à 20-40 %, et continuent de se comprimer lentement.

Ce n’est pas une baisse de la demande Rolex : c’est la fin du modèle spéculatif qui s’est construit autour de la rareté artificielle. L’arrivée du programme CPO (Certified Pre-Owned) de Rolex lui-même — désormais déployé dans les réseaux Bucherer et les boutiques partenaires — a créé une alternative crédible aux enchères pour les acheteurs de Rolex moderne, offrant certification OEM et prix plus prévisibles.

➡️ Ce qui tient : le vintage Patek, le « blue chip » des enchères

Les Patek Philippe de collection (Nautilus 3700/1A, Calatrava ref. 2526, chronographes des années 1950-1970) résistent à toutes les corrections. Leurs fourchettes de prix — CHF 50 000 à 300 000+ selon la rareté — n’ont varié que de 5 à 10 % entre le pic de 2022 et la correction de 2024-2025. Ce sont les obligations d’État du marché horloger : peu de rendement spectaculaire, mais une stabilité qui rassure.

Une Nautilus 3700/1A « Jumbo » en acier — le véritable original, avant le 5711 — s’échange entre CHF 60 000 et 80 000 en 2026, contre CHF 80 000-120 000 au pic de 2022. La baisse est réelle, mais contenue — et les exemplaires avec boîte, papiers d’origine et bonne provenance repartent déjà à la hausse.

🔄 Ce qui surprend : Cartier vintage, le phénomène

Si un segment mérite le titre de « révélation » des enchères depuis 2023, c’est le Cartier vintage. Les prix des modèles iconiques du XXe siècle ont bondi de 100 à 300 % :

  • Cartier Crash (Londres, 1967-1970) : de CHF 50 000 en 2019 à CHF 150 000-400 000 en 2026
  • Cartier Pebble (prototype 1972) : de CHF 30 000 à CHF 80 000-200 000
  • Tank Asymétrique (années 1930) : de CHF 15 000 à CHF 40 000-80 000

Pourquoi une telle flambée ? Les jeunes collectionneurs — la génération des moins de 40 ans, qui représentent désormais plus de 40 % des acheteurs chez Sotheby’s — privilégient le design et l’histoire aux complications techniques. Le Cartier Crash ou la Pebble sont des objets de mode et d’architecture autant que des montres. Leur rareté (quelques centaines d’exemplaires au maximum) en fait des cibles naturelles pour une génération qui collectionne avec l’œil plutôt qu’avec le chronomètre.

🌱 Ce qui émerge : les montres japonaises aux enchères

Encore marginal (quelques lots par vente), le segment japonais commence à faire son apparition chez Phillips et Christie’s. Une Grand Seiko 6185 VFA (1970) — l’un des premiers modèles haut de gamme de la marque — a été adjugée CHF 25 000 chez Phillips en 2025, un précédent qui ouvre la voie. Les Grand Seiko modernes, elles, restent proches de leur prix de détail aux enchères — un signe que la marque n’a pas encore franchi le cap de la « collection » pour les maisons de vente. Mais le mouvement est amorcé.

L’Indice MontreLuxe : une proposition pour mesurer ce qui compte vraiment

Comment un collectionneur peut-il savoir si la montre qu’il convoite est chère, juste, ou en bulle ? Aujourd’hui, il dispose de trois outils principaux :

  1. Chrono24 ChronoPulse Index — basé sur les prix affichés (asking price) sur la plateforme, pas sur les transactions réelles
  2. Chronext Index — plus fiable car intégrant des données de transaction, mais propriétaire et centré sur l’Europe
  3. WatchCharts — excellent outil de suivi historique, mais focalisé sur le marché secondaire global plutôt que sur les enchères

Aucun de ces indices ne capture spécifiquement le marché des enchères — le seul marché où les prix sont réellement « découverts » par une transaction publique et transparente.

C’est pourquoi MontreLuxe propose la création d’un Indice MontreLuxe composite, conçu comme le S&P 500 des montres de collection.

Méthodologie proposée

L’indice serait composé de six sous-indices pondérés :

Sous-indice Poids Sources Périmètre
Indice enchères 30 % Phillips, Christie’s, Sotheby’s Volume total, taux d’invendus, prix moyens par marque
Indice « blue chip » 25 % WatchCharts, Chrono24 Rolex, Patek, AP — suivi des 15 modèles les plus échangés
Indice indépendants 15 % Phillips « Best of » + transactions privées Akrivia, Voutilainen, MB&F, De Bethune, F.P. Journe
Indice design vintage 10 % Enchères Cartier, ventes design Cartier vintage, montres design XXe siècle
Indice circulation en ligne 10 % Chrono24, WatchBox, Loupe This Volume d’offres, délais de vente, prix moyens
Indice rendement 10 % Données Deloitte + transactions Rapport prix/performance vs autres classes d’actifs

Base 100 au 1er janvier 2020. Le calcul serait mensuel, avec publication trimestrielle d’une analyse détaillée.

Simulation rétrospective 2020-2026

Sur la base des données disponibles — WatchCharts pour le marché secondaire, Phillips pour les enchères, Deloitte pour l’analyse des rendements — une simulation rétrospective de l’Indice MontreLuxe dessinerait la trajectoire suivante :

2020.01 : 100  — Pré-pandémie, marché stable
2021.01 : 115  — Rebond post-Covid, épargne accumulée
2022.01 : 130  — Pic spéculatif, demande artificielle
2022.06 : 125  — Premier signal de correction
2023.01 : 110  — Correction accélérée (rate hikes, crypto crash)
2024.01 :  95  — Point bas, juste en dessous de la pré-pandémie
2025.01 : 100  — Stabilisation, retour à la ligne de base
2026.06 :  98  — Plateau de maturité, volatilité réduite

Lecture : Un indice à ~98 en juillet 2026 signifie que, rapporté à un panier représentatif, le marché horloger aux enchères a perdu environ 25 % entre son pic de 2022 et son point bas de 2024, avant de se stabiliser aux alentours de son niveau pré-pandémie.

La guerre des modèles : enchères traditionnelles vs plateformes digitales

Le temple : enchères en présentiel (Phillips, Christie’s, Sotheby’s)

Les ventes physiques — catalogues de luxe, cocktails, collectionneurs en costume — restent le format des records. C’est là que se joue le haut du panier (CHF 50 000+) et que se construisent les réputations. Phillips, leader incontesté avec CHF 150-180 M de ventes horlogères au S1 2026, domine ce segment grâce à sa spécialisation et son équipe de spécialistes reconnus. Sa vente de mai 2026 à Genève (The Geneva Watch Auction: XXIII, 229 lots) a été le temps fort du semestre.

La galerie marchande : enchères en ligne des maisons traditionnelles

Christie’s développe sa plateforme « Christie’s Loves Watches » pour les montres entre CHF 5 000 et 100 000. Sotheby’s a construit un catalogue en ligne qui représente désormais une part significative de son activité horlogère.

Le marché : les plateformes natives digitales

Loupe This, WatchBox Auctions, Inventory — des plateformes nées digitales, sans salle, sans catalogue imprimé, sans frais acheteur prohibitifs. Leurs volumes sont encore faibles, mais leur croissance est spectaculaire (+50 à 80 % par an).

MontreLuxe Index : ce que 2026 nous dit vraiment

À y regarder de près, le marché des enchères en 2026 raconte une histoire plus nuancée qu’un simple « ça va mieux / ça va moins bien ». Voici ce que nous disent les données :

  1. La spéculation est morte. Vive la collection. Les acheteurs de 2026 achètent pour garder — ou pour transmettre.
  2. Le vintage a gagné la bataille culturelle. Cartier, Patek vintage, indépendants — la valeur se déplace du « hype » vers l’histoire.
  3. Les indépendants sont devenus un refuge de valeur. Quand Rolex moderne perd 30 %, Akrivia gagne 15 %.
  4. La normalisation est saine. Un taux d’invendus de 20-25 % est le retour à un équilibre de marché.
  5. La montre n’est pas un investissement. Et c’est tant mieux. C’est un marché de passion, pas un marché financier.

L’Indice MontreLuxe sera publié pour la première fois en septembre 2026, sur la base des résultats complets du S1 2026 de Phillips, Christie’s et Sotheby’s, et intégrera progressivement les données des plateformes en ligne.

Car en 2026, la question n’est plus « la montre est-elle un bon placement ? ». La question — la seule qui vaille — est : quelle montre voulez-vous porter pour les vingt prochaines années ?

Rédaction MontreLuxe — juillet 2026

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