Le vintage n’est plus une niche. En 2026, les montres des années 1960 et 1970 représentent 35% du marché de la collection horlogère, soit 9,8 milliards CHF selon le dernier rapport de la Fédération Horlogère. Un bond spectaculaire par rapport aux 18% de 2020. Mais au-delà des chiffres, c’est tout un écosystème qui s’est structuré autour de la montre ancienne.
1. Pourquoi les années 60-70 ? L’âge d’or du design
Les collectionneurs se tournent massivement vers cette période charnière qui a vu naître les icônes absolues : Rolex Daytona 6263 (1969), Omega Speedmark Professional « Moonwatch » (1957-1972), Heuer Carrera 2447 (1963), Universal Genève Polerouter, Zenith El Primero A386 (1969).
Ces montres incarnent une époque où le design horloger était porté par des visionnaires — Gérald Genta, Jack Heuer, Georges Golay — et où l’innovation mécanique atteignait son apogée avant la crise du quartz.
« Les années 60 et 70, c’est le moment où l’horlogerie a cessé d’être un instrument pour devenir un objet de désir. Les designers de cette époque ne faisaient pas de design — ils faisaient de l’architecture au poignet. » — Aurel Bacs, commissaire-priseur, Phillips
2. L’explosion des prix : un marché à deux vitesses
Le sommet du marché bat tous les records. Une Rolex Daytona « Paul Newman » réf. 6239 s’est vendue 18,5 millions CHF chez Phillips en mai 2026. Une Patek Philippe 1518 en acier a atteint 12,3 millions CHF.
Mais le volume est ailleurs : les prix des montres de milieu de gamme vintage (Omega Seamaster 300, Heuer Autavia, IWC Ingenieur) ont progressé de 20 à 30% par an depuis 2022. Un marché porté par une nouvelle génération de collectionneurs, âgés de 30 à 45 ans, qui voient dans ces pièces un investissement alternatif.
3. La restauration : un métier d’art en pleine renaissance
Le boom du vintage a créé un marché parallèle florissant : la restauration. En Suisse, on compte désormais plus de 120 ateliers spécialisés dans la restauration de montres anciennes, contre une trentaine en 2015.
Les tarifs sont élevés : une restauration complète d’un chronographe vintage coûte entre 3 000 et 15 000 CHF selon la complexité. Les listes d’attente s’étirent sur 6 à 12 mois. Les maîtres restaurateurs — véritables « dentistes de l’horlogerie » — sont devenus des célébrités dans leur domaine.
Le débat fait rage entre partisans de la restauration « period-correct » (pièces d’époque, tolérance à la patine) et défenseurs de la « restauration totale » (modernisation discrète des pièces internes avec des matériaux contemporains).
4. Les pièges du marché : contrefaçons et « frankenwatches »
Avec la flambée des prix, les contrefaçons de montres vintage ont explosé. En 2025, les douanes suisses ont saisi 4 700 fausses montres anciennes (+65% par rapport à 2020). Le problème est particulièrement aigu pour les Rolex vintage, où les faux cadrans « tropical » ou « exotique » sont monnaie courante.
Les « frankenwatches » — montres assemblées à partir de pièces authentiques mais issues de modèles différents — constituent une zone grise encore plus délicate. Une montre peut avoir un boîtier authentique, un mouvement correct, mais un cadran rapporté… et doubler sa valeur sur le papier.
La solution ? Le certificat d’authenticité devient un document aussi important que la montre elle-même. Les maisons de vente (Phillips, Christie’s, Sotheby’s) et les certificateurs spécialisés (Grand Central, The Watch Mark) voient leur activité multipliée par trois depuis 2023.
5. L’avenir : un marché qui mûrit
Les analystes anticipent une stabilisation des prix des pièces les plus spéculatives d’ici 2027-2028. En revanche, le marché des montres vintage « accessibles » (1 000 à 10 000 CHF) devrait continuer à croître de 10 à 15% par an, porté par l’arrivée des millennials et de la génération Z dans la collection.
Le mot d’ordre des experts : achetez ce que vous aimez, pas ce qui « monte ». Car dans le vintage, la passion reste le meilleur investissement.
MontreLuxe — Analyses et décryptages horlogers — Mai 2026