Watches and Wonders 2026. Quand une maison réputée pour son extravagance — or rose, squelettes agressifs, complications titanesques — dévoile l'une de ses pièces emblématiques en acier, ce n'est pas un simple élargissement de catalogue. C'est une déclaration stratégique.
Roger Dubuis, longtemps associée au « trop » assumé, a présenté à Watches and Wonders 2026 l'Excalibur Biretrograde Calendar en acier. Une première pour la manufacture genevoise.
Une boîte qui change tout
Avec 40 mm de diamètre pour 11,25 mm d'épaisseur, cette Excalibur se distingue des modèles à tourbillon de la maison (42 à 45 mm). Ce recentrage répond à une demande croissante pour des montres complexes mais portables au quotidien.
Le boîtier en acier inoxydable est accompagné d'un bracelet acier à changement rapide, auquel s'ajoute un second bracelet en caoutchouc bleu. Astuce d'ingénierie : ce système fait visuellement « disparaître » les célèbres triple cornes de l'Excalibur. L'acier, combiné à ces 40 mm, transforme radicalement le porté.
Un cadran Cosmic Blue en sept actes
Là où l'on aurait pu craindre une version « d'entrée de gamme » visuellement appauvrie, Roger Dubuis livre au contraire l'un de ses plus beaux cadrans. Le bleu Cosmic Blue est construit en sept couches distinctes — une complexité de fabrication rare à ce niveau de prix.
La rehausse à double surface constitue la première strate, suivie d'un compteur écliptique soleillé pour les indications rétrogrades. Le platine central reçoit un satinage circulaire, tandis que les compteurs auxiliaires arborent un guillochage azuré d'une finesse remarquable. Par-dessus, le calibre ouvert dévoile ses ponts argentés ornés de Côtes de Genève. Les arcs rétrogrades du jour et de la date sont soulignés d'accents rouges, offrant un contraste dynamique sur ce cadran profond. L'impression générale est celle d'une montre bleue classique, mais chaque regard rapproché révèle une nouvelle texture.
Le calibre RD840 : la rétrograde selon Roger Dubuis
Sous le cadran bat le calibre RD840, mouvement manufacture automatique de 244 composants mis en œuvre par 14 techniques de finition manuelles. Sa fréquence de 4 Hz et sa réserve de marche de 60 heures assurent une fiabilité exemplaire.
Le Poinçon de Genève — certification exigeante garantissant l'origine genevoise et la qualité des finitions — est bien présent. Chaque pont est anglé, chaque vis polie, chaque rubis enchâssé dans un chaton doré. Le rotor en or rose, visible à travers le fond saphir, rappelle que l'acier du boîtier n'est pas synonyme de renoncement esthétique.
C'est surtout le mécanisme biretrograde qui constitue le cœur émotionnel de cette pièce. Breveté par Roger Dubuis lui-même en 1989, ce système permet aux aiguilles du jour et de la date de parcourir un arc de cercle avant de « sauter » en arrière à la fin de chaque cycle — un ballet mécanique d'une élégance hypnotique. Ce brevet, l'un des rares encore actifs de l'époque fondatrice de la manufacture, confère à cette montre une authenticité historique rare.
L'acier comme renaissance stratégique
Pour une maison bâtie sur l'excès et l'or, l'acier est une décision audacieuse. Est-ce la bonne ? Oui.
Le marché du luxe vit une mutation : les collectionneurs, saturés de montres imposantes, cherchent des pièces qui portent une histoire sans exiger un poignet de culturiste. Le succès des Calatrava ou Patrimony en acier a prouvé l'appétit pour le « grand luxe discret ». Roger Dubuis, avec une pièce complexe certifiée Poinçon de Genève à moins de 40 000 €, frappe là où on ne l'attendait pas : le rapport qualité-prix.
Le prix de 36 900 € (environ 43 900 $) en fait l'Excalibur la plus accessible jamais produite — mais l'accessibilité n'est pas une compromission. Sept couches de cadran, mouvement breveté, Poinçon de Genève : rien n'a été sacrifié.
La stratégie du « wearable » en haute horlogerie
Cette Excalibur s'inscrit dans le mouvement du « wearable haute horlogerie » . Après des années de course au diamètre, le balancier revient vers des dimensions humaines — et avec lui, une mutation démographique : la clientèle rajeunit, les poignets des générations Y et Z ne sont pas ceux des baby-boomers. Les 40 mm redeviennent la norme.
Roger Dubuis opère un repositionnement subtil : il conserve l'audace esthétique (squelettage, triple cornes, couleurs vives) tout en rendant ses créations physiquement accessibles.
Verdict
L'Excalibur Biretrograde Calendar en Cosmic Blue est bien plus qu'une nouvelle déclinaison. C'est un manifeste : la preuve qu'une manufacture associée à l'excès peut produire une montre subtile et portable sans rien perdre de son ADN.
Pour la première fois, une Roger Dubuis se glisse sous une manchette de chemise sans la déformer. Pour les amateurs de complications rétrogrades cherchant une porte d'entrée dans l'univers de la marque, cette Excalibur en acier est idéale. Pour les collectionneurs, c'est la preuve que la manufacture sait évoluer sans trahir ses origines.
Le grand luxe accessible existe — et il est bleu Cosmic.
Photos : © Roger Dubuis
Catégorie : Haute Horlogerie
Prix : 36 900 € TTC / 43 900 $
Disponibilité : juin 2026
