Recyclage de l’or et traçabilité : comment l’horlogerie de luxe devient (vraiment) responsable
L’horlogerie suisse consomme environ 120 tonnes d’or par an — soit près de 10% de la demande mondiale. Longtemps critiquée pour son opacité sur l’origine des métaux précieux, l’industrie amorce une transformation radicale sous la pression des régulateurs et des consommateurs.
1. Or recyclé : le nouvel étendard du luxe responsable
En 2026, 65% de l’or utilisé par les marques suisses est issu du recyclage, contre 40% en 2020. Swatch Group a été le premier à annoncer l’utilisation exclusive d’or recyclé certifié en 2023. Richemont et LVMH ont suivi, avec des objectifs de 100% d’or recyclé d’ici 2028.
Patek Philippe va plus loin avec son programme « Gold Trace », lancé en 2025 : chaque montre en or intègre une puce NFC qui permet au propriétaire de consulter l’intégralité de la chaîne d’approvisionnement — de la mine au poignet.
« La traçabilité n’est plus une option. Dans cinq ans, une montre sans origine certifiée de ses métaux sera invendable. » — Thierry Stern, Patek Philippe CEO
2. Les certifications qui changent la donne
Trois labels dominent désormais le paysage :
– Fairmined : or provenant de mines artisanales responsables (2% du marché suisse, 500 CHF de prime au kilo)
– RJC (Responsible Jewellery Council) : certification de la chaîne d’approvisionnement, désormais obligatoire pour 80% des marques suisses
– Swiss Better Gold : initiative fédérale lancée en 2024, labellisant les filières équitables
La Fondation pour la Haute Horlogerie (FHH) a publié en janvier 2026 son premier baromètre ESG, notant 150 marques sur leur performance environnementale. Les résultats sont contrastés : seules 18 marques obtiennent la note A, contre 42 en B et 90 en C ou moins.
3. Le diamant de laboratoire : rupture silencieuse
Les diamants synthétiques, chimiquement identiques aux diamants naturels mais produits en laboratoire, gagnent du terrain. Baume (filiale de Richemont) utilise depuis 2024 des diamants de laboratoire pour 100% de ses créations. TAG Heuer a suivi avec sa Carrera Plasma (diamants cultivés en laboratoire, 15 000 €).
Le coût ? 40 à 60% moins cher qu’un diamant miné, avec une empreinte carbone réduite de 80%. Les ventes de diamants de laboratoire en horlogerie ont bondi de 300% entre 2022 et 2025 (source : Bain & Company).
4. Les défis du changement d’échelle
Le passage à 100% de matières responsables n’est pas sans obstacles. Les volumes d’or recyclé disponibles sont limités. Les sous-traitants doivent moderniser leurs équipements. Le coût de la certification RJC peut atteindre 500 000 CHF pour une PME horlogère.
Les marques indépendantes, moins pressurisées par l’opinion publique, progressent plus lentement. Seules 35% des micro-marques communiquent sur l’origine de leurs métaux, contre 95% des grandes maisons.
5. Vers une industrie circulaire
L’étape suivante est l’horlogerie circulaire : non seulement recycler les matières premières, mais concevoir des montres facilement démontables et réparables. Breitling a lancé son programme « One Watch, One Tree » en 2024. IWC propose depuis 2025 un service de rénovation complète qui redonne une seconde vie aux montres anciennes.
Le consommateur de 2026 n’achète plus seulement une montre — il adhère à une philosophie de production. Les marques qui ne joueront pas la transparence disparaîtront du portefeuille des nouvelles générations.
MontreLuxe — Analyses et décryptages horlogers — Mai 2026
