Genève — Avec la UR-120 Blue Planet, Urwerk ferme le chapitre le plus spectaculaire de son histoire récente. Lancée en 2022 avec l’étonnante « Spock », cette trilogie des satellites fendus s’achève aujourd’hui sur une note bleutée, céleste et définitive. Martin Frei et Felix Baumgartner livrent ce qu’ils appellent « un fragment d’architecture interstellaire » — et assurent qu’il n’y aura pas de suite.
Une genèse extraterrestre
Tout commence en 2022. La UR-120 débarque avec un nom qui en dit long : « Spock ». Référence directe au célèbre Vulcain de *Star Trek*, cette montre reprend le salut emblématique de l’espèce — la main fendue en V — et le transpose dans le langage horloger. Là où les précédentes Urwerk faisaient défiler des satellites compacts autour d’un carrousel central, la UR-120 innove radicalement : ses satellites horaires s’ouvrent en deux, comme une paume qui se déploie pour saluer l’univers.
Cette prouesse mécanique n’est pas un simple effet de style. Chaque satellite compte 175 composants. Le carrousel qui les porte en ajoute 175 autres. L’architecture totale du module des heures atteint un niveau de complexité qui frôle l’absurde — et c’est exactement ce que l’on demande à Urwerk.
L’ambition d’une montre plus élégante
Felix Baumgartner et Martin Frei ne cachent pas leur intention : ils voulaient une montre plus fine, plus raffinée que la UR-110 qui les avait précédés. Le boîtier en titane de 47 mm sur 44 mm reste imposant — on ne quitte pas Urwerk pour une montre de soirée classique — mais la ligne gagne en fluidité. Les courbes remplacent les angles droits, le carrousel semble flotter sous le verre saphir.
Le mouvement UR-20.01 automatique anime trois satellites horaires qui orbitent autour d’un axe central, balayant une échelle des minutes fixe disposée en arc de cercle. Le temps se lit comme une constellation en mouvement perpétuel. La complication est signée, comme toujours, par l’indépassable équipe technique d’Urwerk.
Space Black : l’étape intermédiaire
En 2023, Urwerk dévoile la UR-120 Space Black. Le titane est désormais recouvert d’un traitement DLC (Diamond-Like Carbon) qui plonge la montre dans une obscurité quasi absolue. Les satellites se détachent sur un fond noir, les index luminescents percent les ténèbres. C’est une montre pour l’espace profond, pour ceux qui regardent les étoiles sans atmosphère pour les filtrer.
Cette version prépare le terrain pour l’acte final. Elle confirme que le concept des satellites fendus est mature, que la mécanique tient ses promesses, que le design peut encore évoluer.
Blue Planet : le fragment d’architecture interstellaire
Aujourd’hui — ou plutôt en cette année 2025-2026 — la UR-120 Blue Planet parachève la trilogie. Le choix du bleu n’est pas anodin. Là où Spock évoquait le vert-de-gris des uniformes de Starfleet et Space Black l’obscurité cosmique, le Blue Planet nous ramène à la Terre vue de l’espace : cette perle bleue flottant dans le néant, si fragile, si précieuse.
Urwerk décrit la pièce comme « un fragment d’architecture interstellaire ». Le bleu profond du boîtier et des satellites dialogue avec les reflets argentés du carrousel. Les finitions sont poussées à leur paroxysme : chaque pont, chaque vis, chaque angle a été retravaillé pour cette édition finale. La luminescence atteint une intensité rare, rappelant les aurores boréales.
Mais le plus important, c’est ce que disent les fondateurs : « Ceci est une transmission finale. » Il n’y aura pas de UR-120 « Gen 4 ». La trilogie est complète. Urwerk tourne la page.
Le prix de l’apothéose : 115 000 francs suisses
À 115 000 CHF hors taxes, la UR-120 Blue Planet s’adresse à une clientèle qui ne regarde pas les prix — ou qui, du moins, comprend ce qu’elle achète. Ce n’est pas simplement une montre. C’est la conclusion d’un cycle horloger unique, une pièce de collection dont la cote ne fera que grimper une fois la trilogie définitivement refermée.
Pour mettre ce prix en perspective : la Spock originale se négocie aujourd’hui bien au-dessus de son tarif de lancement sur le marché secondaire. Les collectionneurs qui hésitaient en 2022 regardent désormais la Blue Planet avec des yeux différents — et des chéquiers prêts.
Une manufacture qui ne lâche rien
L’un des aspects les plus remarquables de cette pièce est le degré de fabrication interne. Urwerk produit elle-même des éléments que d’autres sous-traiteraient sans sourciller. Le croix de Malte qui orne le mouvement, élément esthétique et fonctionnel, est usiné dans ses ateliers. Le ressort en forme de lyre, pièce essentielle à l’équilibre du mécanisme, est également fabriqué en interne.
Cette autonomie technique est rare dans l’industrie horlogère indépendante. Elle garantit une qualité de finition et une cohérence esthétique que les assembleurs peinent à égaler. Quand on ouvre le fond de la UR-120 Blue Planet, on entre dans un univers où chaque pièce a été pensée, dessinée, usinée et montée par la même équipe.
Une conclusion qui laisse un vide
La UR-120 Blue Planet est une montre magnifique. Elle est aussi un adieu. Urwerk a choisi de ne pas prolonger une ligne qui aurait pu devenir une rente confortable, préférant explorer d’autres territoires. Felix Baumgartner l’a souvent répété : l’ennui est l’ennemi du créateur.
Reste à savoir ce que la manufacture genevoise nous réserve pour la suite. Les spéculations vont bon train : un nouveau calibre ? Une complication inédite ? Un retour aux sources avec une interprétation radicale de l’heure sautante ? Une chose est certaine : avec la Blue Planet, Urwerk a posé un jalon. Le suivant promet d’être tout aussi spectaculaire.
Caractéristiques techniques — Urwerk UR-120 Blue Planet : Boîtier en titane 47 × 44 mm — Mouvement UR-20.01 automatique — 3 satellites horaires fendus sur carrousel central — Réserve de marche : 48 heures — Prix : 115 000 CHF (hors taxes) — Édition non limitée numériquement mais circonscrite à la durée de production du calibre.
