# Chow Tai Fook renoue avec la croissance : le signal chinois que l’horlogerie suisse attendait
**La publication des résultats annuels de Chow Tai Fook pour l’exercice clos le 31 mars 2026 a fait l’effet d’une décharge électrique dans les départements Asie des manufactures horlogères suisses. Le plus grand groupe joaillier et horloger au monde — 94,4 milliards HKD (12 milliards USD) de chiffre d’affaires, un bénéfice d’exploitation en hausse de 28 % à 18 milliards HKD (2,3 milliards USD) — a renoué avec la croissance après un exercice 2024-2025 marqué par une contraction de 17,5 %.**
## Le géant de Canton : anatomie d’un retournement
### Un poids lourd au cœur du dispositif chinois du luxe
Avec 80 % de ses ventes réalisées en Chine continentale et le solde à Hong Kong et Macao, Chow Tai Fook est bien davantage qu’un détaillant de bijoux : c’est un baromètre de la consommation de luxe au sein de la classe moyenne supérieure chinoise.
Sa structure de revenus est éloquente. La joaillerie à prix fixes représente 31,5 % de ses ventes, tandis que la bijouterie en or au poids — produit historiquement lié à l’épargne dans la culture chinoise — pèse 64,2 % du chiffre d’affaires. Ensemble, ces deux catégories accaparent 95 % des revenus. Dans un contexte où l’once d’or a grimpé de près de 30 %, la part prépondérante de l’or au poids fausse partiellement la lecture de la reprise. Les Chinois n’achètent pas plus de bijoux en volume ; ils achètent le même poids d’or à un prix bien plus élevé.
### La composante horlogère : petite par le poids, stratégique par le signal
Le segment horloger de Chow Tai Fook mérite une attention particulière. Avec 4,3 % des ventes totales — contre 6 % en 2022 —, il représente tout de même plus de 4 milliards HKD (516 millions USD). Le groupe exploite 5 points de vente Rolex (3 en Chine continentale, 2 à Hong Kong) et 9 comptoirs Tudor.
Ce recul continu de la part horlogère n’est pas anecdotique. Il traduit une réalité que les marques suisses préféreraient ignorer : dans le panier du consommateur chinois aisé, la montre occupe une place moins importante qu’il y a cinq ans. L’argent qui partait dans une Daytona migre désormais vers les sacs Hermès, les voyages internationaux — la réouverture des frontières a libéré une demande longtemps comprimée — et l’épargne immobilière.
## Le baromètre des exportations suisses : une reprise timide
Les données de la FH pour les quatre premiers mois de 2026 offrent une lecture prudente. Les exportations vers Hong Kong progressent de 2,5 % sur la période. La Chine continentale enregistre une hausse de 3,5 %.
Ces chiffres doivent être mis en perspective. Sur la dernière décennie, le marché chinois a connu une contraction massive : de 4,2 milliards CHF d’exportations en 2014 à environ 2,5 milliards en 2025, soit une perte de près de 40 %. Les +3,5 % de 2026 ne compensent pas cette hémorragie. Mais ils enrayent la chute.
## Vers une reconfiguration du luxe chinois
La leçon de Chow Tai Fook pour l’horlogerie suisse est double. D’un côté, la reprise est réelle — le consommateur chinois dépense à nouveau. De l’autre, ses priorités ont changé. Les marques qui sauront capter cette nouvelle demande — par des boutiques expérientielles, des collaborations locales et une communication adaptée aux jeunes générations — en sortiront gagnantes. Celles qui compteront sur la manne chinoise d’avant 2020, sans s’adapter, risquent de rester sur le carreau.
