Juin 2026, Bâle. À peine un mois après la clôture de Baselworld 2026, une nouvelle bien plus fracassante que n’importe quel lancement de produit a secoué Genève et Milan : Richemont et le groupe italien Damiani ont finalisé le transfert des parts de Baume & Mercier. Des premières rumeurs en janvier à la conclusion, l’opération aura duré moins de six mois. Une marque horlogère genevoise née en 1830 quittait le giron du plus puissant groupe de luxe du monde pour une entreprise familiale italienne spécialisée dans la haute joaillerie.
Pour les professionnels de l’horlogerie, ce n’est pas un simple changement d’actionnariat. Le parcours de Baume & Mercier, la logique de désengagement de Richemont et les ambitions de Damiani dessinent une radiographie structurelle du luxe au milieu des années 2020.
La logique d’allègement de Richemont
Johann Rupert ne s’en est jamais caché : Cartier et Van Cleef & Arpels génèrent plus de 60 % des profits du groupe. Dans cette architecture, Baume & Mercier occupait une place dissonante. Positionnée dans le « luxe accessible », elle se trouve au cœur de la concurrence la plus féroce. Au-dessus, Tudor et Longines ; en dessous, Mido et Hamilton. Ses volumes et marges sont incomparables avec ceux de Cartier.
Damiani : du distributeur au propriétaire
Damiani fut pendant des années un partenaire clé de Richemont en Italie. Guido Damiani a déclaré que cette acquisition « marque une étape importante dans notre parcours dans la haute horlogerie ». Ce n’est pas un cas isolé : les capitaux italiens pénètrent l’horlogerie suisse.
Le piège des marques intermédiaires
Les trois grands groupes concentrent leurs ressources vers le haut de gamme. Le retour sur investissement d’une marque de milieu de gamme ne peut égaler celui d’une marque haut de gamme. Baume & Mercier était ce pion ni vraiment nourri ni vraiment affamé. Avec Damiani, la marque gagne en liberté mais perd le parapluie Richemont. Un choix crucial l’attend : investir dans ses propres mouvements ou se tourner vers des fournisseurs tiers.
Distributeurs multimarques : la ruée vers l’amont
Cette acquisition révèle une transformation structurelle : les distributeurs deviennent créateurs de marques. L’histoire de Baume & Mercier est loin d’être terminée.
