Avec la clôture de la vente new-yorkaise de Christie's fin juin, la saison des enchères de montres du printemps 2026 s'est achevée. Les trois grandes maisons — Phillips, Christie's et Sotheby's — ont mis aux enchères plus de 3 500 montres au cours de cette saison, pour un montant total d'environ 820 millions de francs suisses. Bien que ce chiffre soit en baisse de 8 % par rapport au printemps 2025 (890 millions), les observateurs du secteur y voient non pas un signal de récession, mais l'entrée du marché horloger de collection dans une phase plus rationnelle et plus mature, après la croissance explosive de 2021-2024.
Vue d'ensemble : un marché assaini et dégonflé
Retour sur l'évolution des enchères de montres haut de gamme depuis la pandémie : printemps 2021, environ 450 millions de francs ; 2022 (610 millions), 2023 (720 millions), 2024 (840 millions) — une progression constante jusqu'au pic de 980 millions au printemps 2025. À partir du second semestre 2025, la ferveur du marché s'est nettement refroidie — le reflux des prix sur le marché de l'occasion, parti des modèles sportifs en acier, a gagné le domaine des enchères.
À en juger par la structure des ventes du printemps 2026, le marché devient « plus intelligent ». Chez Phillips, par exemple, la vente de Genève a totalisé 280 millions de francs avec un taux d'adjudication de 92 %. Fait notable : sur les 50 premiers lots, 32 ont été adjugés dans la fourchette médiane des estimations — ni surcote massive, ni invendu significatif. Cette répartition est la marque d'un marché mature : les acheteurs sont plus calmes, les offres plus rationnelles, les estimations plus précises.
Côté Sotheby's, la vente « Important Watches » proposait 428 lots, dont 387 ont trouvé preneur (taux d'adjudication de 90,4 %), pour un total de 195 millions de francs. Fait rare, l'écart entre le prix final du marteau et l'estimation totale n'était que de 7 %, très loin des 44 % de surcote du printemps 2022. Geoff Hess, responsable mondial du département Montres de Sotheby's, a déclaré après la vente : « Nous assistons à une transition du marché — de la collection frénétique à une allocation raisonnée. L'attention des acheteurs s'est déplacée de 'est-ce que ça va rapporter' vers 'est-ce que la montre est bonne en elle-même'. »
Points forts : les montres anciennes règnent, la rareté redéfinie
Parmi les lots les plus remarquables de la saison, les montres ancines à complications ont continué de dominer.
Une Patek Philippe Réf. 2497 à quantième perpétuel (années 1950, en excellent état de conservation) a été adjugée 2,8 millions de francs chez Phillips à Genève, soit 23 % au-dessus de l'estimation haute. Cette vente confirme une règle du marché : même dans un contexte de repli général, les montres anciennes véritablement rares conservent leurs qualités de valeur refuge.
Côté Rolex, une Paul Newman Daytona Réf. 6239 (vers 1969, avec la curieuse mention « RCO » sur le cadran) a été adjugée 1,4 million de francs, en net recul par rapport aux 2,1 millions atteints par le même modèle en 2022. Ces chiffres illustrent clairement le refroidissement des modèles sportifs populaires sur le marché secondaire.
Les montres indépendantes, en revanche, ont brillé. Une Greubel Forsey 24 Secondes Incliné (première œuvre, vers 2010) a été adjugée 680 000 francs, bien au-dessus de l'estimation pré-vente de 300 000 à 500 000 francs. Cela confirme que l'horlogerie indépendante devient un nouveau moteur de croissance pour le marché des enchères. Alexandre Ghotbi, responsable du département Montres de Phillips, a souligné après la vente de Genève : « Nous observons un changement structurel très positif — l'intérêt des acheteurs passe de 'la montre de qui' à 'quelle montre', ce qui profite clairement aux marques indépendantes et aux pièces à forte dimension technique. »
La Chine reste très impliquée
Lors de cette saison de printemps, la participation des acheteurs asiatiques est restée élevée. Selon Phillips, les acheteurs asiatiques ont contribué à environ 32 % du montant total des ventes, et l'activité des enchérisseurs chinois a augmenté de 18 % par rapport à l'année précédente.
Hong Kong a consolidé son rôle de plaque tournante des enchères horlogères en Asie. La vente de printemps de Christie's Hong Kong a totalisé 53 millions de francs, avec une Patek Philippe Réf. 5270G — chronographe à quantième perpétuel — adjugée 2,2 millions de dollars hongkongais, acquise par un acheteur chinois via une commission écrite.
« La communauté des collectionneurs chinois mûrit rapidement. En l'espace de cinq ans, ils sont passés d'une focalisation sur les montres sportives en acier à un intérêt systématique pour l'horlogerie indépendante et les montres anciennes à complications. Cette transformation s'est produite en un temps très court », commente un observateur du marché hongkongais.
Perspectives pour le second semestre 2026
Pour la saison d'automne, l'industrie s'attend à un montant total comparable à celui du printemps, voire en légère hausse. Deux facteurs positifs sont à noter : d'une part, davantage de pièces d'horlogers indépendants haut de gamme entrent dans une phase de mise sur le marché par les collectionneurs ; d'autre part, la demande en Asie (notamment en Chine continentale) se redresse progressivement.
Mais des inquiétudes subsistent. L'incertitude liée à la politique de taux de la Réserve fédérale américaine continue d'affecter le rythme d'allocation d'actifs des grandes fortunes mondiales. Si le cycle de taux élevés se prolonge, le budget enchères de certains acheteurs pourrait s'en trouver réduit.
Dans l'ensemble, le marché des enchères horlogères de 2026 traverse une « cérémonie d'entrée dans l'âge adulte » nécessaire : le tumulte se retire, la valeur se dépose.
